Nantes, l'Erdre et la Belle plaisance... pour tous ?
Nantes et la Belle plaisance : une histoire ancienne ? Oui, sans que l'on puisse en connaître les débuts, elle se précise dans la seconde moitié du XIXème siècle. A ce moment, naissent les premiers clubs nautiques : le Cercle Nautique de l'Ouest en 1857 suivi en 1882 par le Sport Nautique de l'Ouest. Et les grandes familles de notables de s'essayer aux subtilités de la régate, d’abord sur la Loire, puis aussi sur l'Erdre, rivière aux eaux calmes, aux vents capricieux et malicieux où glissent les silhouettes affutées de Rigolboche (1859- devenue Viviane), Vezon (1887) ou Vétille (1893). A cette époque, Nantes se distingue par la production de bateaux de plaisance à coque métallique, propriétés de grands industriels et vitrines technologiques des grands constructeurs.
Si ce loisir reste réservé à une élite, c'est tout une population qui frémit au rythme du vent dans les voiles. C'est la fierté d'un savoir-faire qu'aiment à défendre ces ouvriers des chantiers dont certains consacrent leur temps à la mise au point de ces "fins coursiers" et sont parfois recrutés comme équipiers. Les dimanches, l'Erdre n'accueille pas seulement les yatchs les plus racés mais aussi une myriade de modestes embarcations toutes conçues ou utilisées pour le plaisir de la balade ou de la pêche. Les "blins", ces petites embarcations à fond plat, côtoient les canots, les yoles (bateaux à avirons, parfois équipés d'une voile) ou les périssoires (sortes de canoë). A ce moment, une tradition de construction navale s'épanouit sur les bords de l'Erdre, entre l'île de Versailles et le pont de la Tortière. Ces chantiers familiaux (Vandernotte, Guybert, Rondet, Aubin...) associent leur fortune au succès de la Belle plaisance. Des coques sans pareil, des bateaux d'exception mais aussi des bateaux de séries populaires voient le jour, fruits d'une collaboration entre des architectes concepteurs et des artisans détenteurs d'un savoir-faire. Les architectes Talma Bertrand, Eugène Cornu, Charles Boucard, plus tard Philippe Harlé etc, s'associent durablement à ces chantiers nantais.
Les constructions "amateurs" encore rares au début du XXème siècle, se multiplient pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l'immédiate après-guerre. Des manuels sont édités par GP Thierry pour inciter l'amateur à s'aventurer sur le terrain de la construction navale, selon ses compétences. Dans un esprit de scoutisme et de défense des valeurs morales de la jeunesse - le gouvernement de Vichy galvanise ses jeunes après la défaite de 1940-, l'adolescent est encouragé à installer son atelier au fond du jardin familial, avant de suivre les instructions et les plans proposés. On cite alors en modèle, cette bande d'adolescents menée par Daniel Guillet, qui dans les années d'Occupation, construit en secret un dériveur léger aux formes ventrues, dont la voile arbore un papillon: le "Moth nantais" est né ("moth": en anglais "papillon"- le Moth trouve ses origines aux Etats-Unis dans les années 30).
Après 1950, alors que les clubs de voile attirent de plus en plus de pratiquants, les flottilles de Caneton ou de 505 se multiplient et de grands noms de la compétition issus des écoles de voile nantaises se distinguent aux niveaux national et international. Ces séries à succès offrent à la Belle plaisance les clés de sa popularité, mais rien n'est plus étonnant que le destin de ce petit voilier presque sans nom: le Vaurien (1951). Pas cher car construit en série, son concepteur Jean-Jacques Herbulot mise sur un matériau bon marché, le contreplaqué marine et sur la clientèle es écoles de voile. Pari réussi puisque plus de 36 000 unités ont été fabriquées à ce jour.
Alors ? Nantes et l'Erdre, un "creuset de la voile", bercé par l'inventivité de ses ingénieurs et artisans, stimulé par l'émulation de ses grands régatiers, nourri par la pratique d'un peuple de marins ? Le fait est que même si d'autres l'ont précédée, Nantes a noué une histoire privilégiée avec la Belle plaisance ; de là sont nés un patrimoine, un esprit singuliers... que l'on retrouve aux bords de l'Erdre, chaque fin d'été.
Pour en savoir plus sur l'histoire de l'Erdre, suivez ce lien : erdreetnature.fr